6.5.07

La Source

Même si j'ai été devancée par Nathako, je voudrais quand-même vous parler de ce très beau spectacle auquel nous avons eu la chance d'assister vendredi dernier à Argenteuil.
Je viens de réaliser que c'est même grâce à ce blog et à un commentaire laissé par le chorégraphe Ucka sur ce post, que j'ai découvert la compagnie "Les gens de". Un an tout juste après la création de ce blog, le virtuel, la blogosphère provoque une action concrète dans la vie même.
Effectivement, Ucka, "La danse Hip Hop grandit et deviendra de plus en plus surprenante pour ceux qui vous imaginent sans intelligence chorégraphique." Cette danse dite "Organic" est effectivement très riche, à la fois par sa forme - les moyens d'expression utilisés (danse, choix des musiques et travail du son, théâtre - expression des regards et paroles) - et par son fond - les symboles qui en découlent. Je trouve même la tentative vaine de chercher à commenter ce spectacle par de l'écrit, il est tellement proche du "vivant" qu'on n'a l'impression que des mots "ordonnés" en phrases en dénatureraient le sens !

Pour les curieux, je préfère m'en tenir à la présentation du flyer :
« Douce Eve, mille pas me séparent de ta source..... »
Sur ces mots, débute le voyage de Tendresse, Tenace, Perception et Papillon, quatre personnages en quête d'une eau pure. Mais si le trajet et le but sont communs aux quatre protagonistes, cette course de "mille pas" se déroule surtout à l'intérieur d'eux, où chacun a ses motivations et fait face à ses propres démons.
Cette pièce est un voyage circulaire, un songe, une réflexion sur un rêve humain, le pouvoir de remonter à la source de toute chose, à la source de soi-même afin de se « recommencer ».



Photos : Samjin

Les quatre danseurs de la compagnie, Ucka, Anna, Marguerite et Thierno, gardent chacun une personnalité propre, même dans les chorégraphies collectives. Leurs individualités revendiquent leur différence et leur indépendance, mais leur quête est la même, universelle : "trouver la source, gagner en liberté, vivre davantage".

En ce qui concerne les symboles... Marguerite écrit notamment dans son blog : "Dans la pièce La source j'effectue ce geste plein de symbole pour moi, je libère mes cheveux sur scène. Ce geste peut paraître totalement insignifiant pour certains, et pourtant, il est très difficile à faire parce que inhabituel. Une coiffure Afro, des cheveux crépus libérés de leurs tresses, chignons et autres mèches, des cheveux naturels restent encore en 2006 quelque chose de honteux, d'étrange, de drôle voire de suspect."

29.4.07

All about Eve

Découverte d'un grand classique du cinéma américain des années 50 : All about Eve de Joseph L. Mankiewicz. Dans le monde du théâtre de Broadway, une star qui a atteint la quarantaine, Margo Channing (Bette Davis) est abordée par une jeune inconnue (Anne Baxter) qui parvient à l'émouvoir. Elle séduit le milieu par son innocence, sa générosité et sa modestie. Mais si tout le monde connaît les sautes d'humeur et les caprices de Margo, personne n'a réussi à sonder les stratagèmes d'Eve pour arriver en haut de l'affiche et voler la vedette à son idole. Seul le cynique critique de théâtre (George Sanders) voit clair dans le jeu d'Eve, admirant son audace et son art du mensonge.





Un chef d'oeuvre d'intelligence, d'émotion et d'interprétation, qui se révèle toujours aussi actuel aujourd'hui. Il pose la question suivante : jusqu'où est-on prêt à aller, dans le mensonge et la re-construction de soi, pour donner corps à ses rêves les plus ambitieux ? Et, en conclusion, quelles en sont les conséquences sur les rapports avec les êtres que l'on a trompés ?

18.4.07

Un long jour à Athènes

En cette période d’étouffement médiatique autour des thèmes de la campagne électorale, et de préoccupations quotidiennes au travail, quel souffle d’air lorsque j’arrivais à me réfugier dans Un long jour à Athènes de Théodor Kallifatides. Je viens d’achever ce récit autobiographique en grec, ce qui me permettait de ne pas oublier ma langue paternelle et d’être déportée à quelques milliers de kilomètres pendant quelques minutes. (Mais ce livre est également disponible en français !)

L’auteur, installé en Suède depuis des années, rentre à Athènes pour assister non pas à l’enterrement de son père, mais à l’extraction de ses os de la terre. C'est l'occasion de déterrer aussi son passé, vécu il y a longtemps dans cette ville. Les souvenirs épars se mêlent avec fluidité au présent – où demeure une relation forte avec son frère. Sans excès de sentimentalisme, et avec souvent des notes d’humour tendre, il évoque la relation parentale et familiale, mais aussi différents moments de sa vie en Grèce avant le départ pour la Suède, depuis son enfance à son séjour à l’armée.


Je me suis bien reconnue, malgré la différence d’âge avec l’auteur, dans sa description de son sentiment d’entre-deux pays, dans l’arrachement du pays d’origine couplé de l’idée de non-retour possible, mais aussi dans l’adaptation à un autre pays, qui devient peu à peu la nouvelle « patrie ». Kallifatides dépeind la société grecque avec un regard qui vient à la fois de l'intérieur et de l'extérieur, à la fois empathique et critique.

Un récit sans prétentions, très humain, entre l’autobiographie intimiste et l'ironie amère plus distanciée. Efharisto, babako mou.

16.4.07

La Môme Piaf

Bien après sa sortie en salle, je suis enfin allée ce soir assister à la projection de La Môme, de Olivier Dahan. Je suis assez frileuse en générale lorsqu'il y a des grands élans médiatiques ou publiques autour des films (comme Titanic !) mais cette fois je dirai que la critique et le public ne s'y sont pas trompés.
Il s'agit là - curieusement - d'un film qui ressemble assez dans sa forme à certains grands films hollywoodiens de ses dernières années (comme Ray, par exemple), tout en restant profondément français dans son fond (le contexte historique, les personnages/acteurs, la culture et la langue).
Le film est construit par des allers-retours dans les moments les plus importants de la vie de Piaf, de sa petite enfance à son lit de mort, permettant de décrire de manière quasi psychanalytique la personnalité de l'artiste, un peu comme c'était déjà le cas pour Ray Charles. La mise en scène est très classique mais comprend des transitions et idées originales ; et les mouvements de caméra - beaucoup de travellings - sont à la fois magnifiquement menés et "invisibles" si on ne fait pas attention - tellement ils collent bien à l'histoire et apportent sa dimension "mouvementée".

Enfin il faut saluer l'interprétation magistrale de Marion Cotillard... à couper le souffle et émouvoir jusqu'aux larmes...
Merci pour ce beau film qui permet de redécouvrir l'histoire d'un personnage hors du commun. J'espère qu'il sera distribué à l'étranger !

Lire aussi l'article de Samuel Duhamel
.

14.4.07

Un lundi de Pâques en baie de Somme

Le Crotoy


Le petit train à vapeur




Saint-Valery-sur-Somme


10.4.07

Un dimanche de Pâques à Amiens

La cathédrale







Les Hortillonnages




Saint-Leu


25.3.07

Regards sur le cancer

Un après-midi très enrichissant était organisé samedi 24 mars par la Ligue contre le cancer en association avec Arte, à l'occasion du festival "Le Bruit court", au théâtre Bobin'o près de Montparnasse.
D'abord, une conférence très intéressante animée par le professeur Gérard Dubois, président de l'Alliance contre le tabac, sur le tabagisme et l'industrie du tabac. Des révélations stupéfiantes, par exemple : saviez-vous que les cigarettes aujourd'hui sont essentiellement à base de tabac génétiquement modifié ? que la contre-bande de cigarettes est organisée par l'industrie du tabac elle-même ? qu'un fumeur vit en moyenne 10 années de moins qu'un non-fumeur ? pire, un fumeur passif est autant touché qu'un fumeur actif (peu consommateur) par les conséquences du tabagisme ? Saviez-vous que les industriels du tabac paient les pompiers français pour ne pas qu'ils révèlent le taux important d'incendies dûes à la cigarette ? Que Philip Morris a fait une campagne d'affichage en 2003 en Ukraine, dans laquelle il présentait sur l'affiche une femme enceinte ?!!...
Après cette bonne heure de révélations qui vous dégoûtent à jamais de la cloppe, place au concours de courts-métrages, réalisés par des étudiants en cinéma et audiovisuel des universités françaises, et notamment mon ex-faculté de Paris 1. Les deux courts-métrages primés l'année dernière lors de la première édition du festival, "Partir en fumée" de Talal Selhami et "Sous le signe du cancer" de Maud Alpi ont d'abord été projetés, puis la quinzaine de courts-métrages en compétition.
Des petits films très variés, docu, fictions, animations, qui évoquent le cancer, sa prévention, ses conséquences sous des formes très variées. Parfois drôles, parfois graves, poétiques, réalistes ou imaginaires, l'assemblage de ces courts-métrages offrait un panorama varié et intéressant des différentes problématiques liées au cancer.
L'après-midi s'est terminé en musique. Dommage qu'il n'y ait pas eu un peu plus de monde à ce festival pourtant gratuit. Une très bonne initiative en tout cas que cette collaboration entre la Ligue contre le cancer, Arte et les universités.

19.3.07

Créateur contre créature... en animation vidéo

Deux animateurs qui, d'abord en 2D puis en 3D, mettent en scène l'éternel combat entre créateur et créature...

Animator vs Animation, Alan Becker


Animator vs Animation II, Alan Becker


ESC, de Justin Henton

11.3.07

Coupez le son !

En cette période de campagne électorale, un très intéressant documentaire passait jeudi soir sur Canal+ : "Coupez le son ! Le charisme politique". Décryptant la communication non-verbale des hommes politiques (gestuelle, mimiques du visage, postures, timbre et intonations de voix, regards...), ce documentaire met en évidence l'importance de l'image - à opposer aux discours des candidats, et finalement au fond des programmes politiques... La télévision, ce mass média qui occupe en moyenne 3h 30 du temps quotidien des Français, a véritablement changé notre manière de percevoir les hommes politiques : l'image - le paraître - effaçant finalement le texte - les idées.


Je me permets de reprendre ici les explications apportées sur le site de Canal+ sur ce documentaire inédit de Thierry Berrod :

Sarkozy, Royal, Le Pen, Bayrou et avant eux Mitterrand, Giscard, Balladur… ont bien compris que dans nos sociétés, où leur image est hyper-exposée, un sourire franc et une attitude confiante valent tous les discours du monde…

En cette période de campagne électorale, chaque candidat sait qu’il va falloir séduire pour convaincre et tous sont désormais conscients de l’importance de cette communication non verbale. En effet, depuis les années 80, de nombreux psychologues politiques ou psycho-phonologues se sont penchés sur ce sujet et l’on sait aujourd’hui, que ce que l’on voit compte pour 90% dans les réactions d’adhésion ou de rejet d’un personnage politique.

René Zayan est un de ces psychologues politiques. Tout au long de ce film, il décrypte, images à l’appui et avec beaucoup d’humour, les messages non verbaux envoyés par nos futur(e)s dirigeant(e)s. Ainsi, la belle assurance et le ton autoritaire de Nicolas Sarkozy ne sont que peu soutenus par sa gestuelle alors que l’image négative qui se dégage de Jean-Marie Le Pen est essentiellement due à ses mimiques faciales.

Le visuel écrase tout le reste.
Ces analyses éthologiques sont établies dans un contexte historique, culturel, sociologique et ethnologique, afin de remettre en perspective les évolutions du comportement politique et de sa perception par le public. Des images obtenues grâce aux nouvelles technologies d’imagerie scientifique et médicale illustrent les théories développées et de nombreuses archives mettant en scène les hommes politiques français permettent de mesurer l’importance de l’image qu’ils ont pu donner aux moments clés de leur carrière politique.


René Zayan, professeur de psychologie politique à l’université catholique de Louvain (Belgique), mène son enquête avec beaucoup d'humour. Il propose notamment des comparaisons saisissantes des mimiques faciales de nos leaders politiques avec... nos cousins les singes ; il rencontre des coaches mais aussi, quelques personnalités politiques qui ont accepté de lui ouvrir la porte, comme Balladur, Le Pen, Arlette Laguiller.
Un documentaire qui nous pousse à prendre un peu de recul par rapport aux images répétées proposées par les médias et à faire un travail de réflexion sur nous-mêmes : pourquoi tel ou telle candidat(e) nous attire ? nous repousse ? Est-ce qu'un sourire de plus ou de moins, une gestuelle différente, une voix plus grave ou plus posée, une démarche plus spontanée ou plus autoritaire, un regard plus expressif ou plus direct, modifieraient notre appréciation d'un homme/une femme politique ?
Et la réponse est... sans doute, oui. Mais autant en être conscient.

5.3.07

Et si l'immigration changeait de camp ?

Une séance complète et très conviviale pour la sortie du film "Africa Paradis" du Béninois Sylvestre Amoussou, à l'Espace Saint-Michel mercredi dernier. Une petite sortie qui me serait passée inaperçue sous le nez, si je n'avais été informée par le blog de Géraud, un blog culturel sur le Bénin que je conseille à tous les curieux et amoureux de l'Afrique.
L'histoire : Dans un futur imaginaire, l'Afrique est entrée dans une ère de grande prospérité, tandis que l'Europe a sombré dans la misère et le sous-développement. Olivier et Pauline, un ingénieur et une institutrice française, n'arrivant plus à vivre décemment dans leur pays décident d'immigrer aux Etats-Unis d'Afrique. N'ayant pas réussi à obtenir un visa d'entrée, ils font appel aux services d'un passeur clandestin. Leur vie va dès lors basculer et ils découvriront les dures réalités de l'immigration, de la situation des sans-papiers aux difficultés pour trouver un emploi décent sans oublier l'utilisation politique qui est faite de leur existence...



Film à petit budget avec des acteurs pas toujours très convaincants, le film réussit pourtant le pari de pointer du doigt les réalités de l'immigration tout en nous faisant rire. Et il parvient à tenir son concept - l'eldorado africain ! - sur la longueur. Si les rôles sont inversés, on reconnaît aisément les tendances et positions politiques actuelles en France dans celles qui sont imaginées pour le Bénin. Utilisant à souhait la caricature et de nombreux rebondissements de l'action, le film est rendu facile à regarder et à comprendre par tous.
Le film n'est proposé que dans 2 salles parisiennes : L'Espace Saint-Michel et Images d'Ailleurs, et une salle de Montpellier, Le Royal. Un grand merci pour nous permettre de voir ce petit film subversif !
Pour en savoir plus, allez sur le site officiel du film.