19.11.06

Scoop, pour rire de la mort

Remplacer un cours de réseaux (informatique pure et dure) par une séance de cinéma divertissante, quoi de plus agréable au cours d'une semaine de travail intensive. Merci Woody ! Dans Scoop, comme dans Match Point, nous sommes à Londres en compagnie de Scarlett Johanson, la nouvelle muse du cinéaste. Mais il s'agit cette fois d'une comédie légère et croustillante, avec la présence de Woody Allen à l'écran dans le rôle d'un magicien, qui bégaie et gesticule comme il en a l'habitude dans la plupart de ses comédies.
L'histoire : L'enquête du célèbre journaliste d'investigation Joe Strombel, consacrée au "Tueur au Tarot" de Londres, tourne court quand il meurt de façon aussi soudaine qu'inexplicable. Mais rien, pas même la mort, ne peut arrêter Joe. A peine arrivé au purgatoire, il décide de transmettre ses toutes dernières informations à la plus charmante des étudiantes en journalisme : Sondra Pransky. De passage à Londres, Sondra entend le fantôme de Joe s'adresser à elle durant un numéro de magie de l'Américain Splendini, alias Sid Waterman. Bouleversée et folle de joie à l'idée d'avoir déniché le scoop du siècle, l'effervescente créature se lance avec Sid dans une enquête échevelée, qui les mène droit au fringant aristocrate et politicien Peter Lyman. Une idylle se noue en dépit de troublants indices semblant désigner le beau Peter comme le "Tueur au Tarot". Le scoop de Sondra lui sera-t-il fatal ?
A travers cette comédie policière, je dois dire que ce qui m'a le plus marqué c'est à quel point on peut rire de la mort ! Entre le journaliste - ou plutôt son esprit - qui est ressuscité pour transmettre le "scoop", la Mort avec sa faux qui apparaît dans une mise en scène théâtrale du purgatoire, ou d'autres gags visuels et sonores (l'accident final, mais je n'en dirai pas plus pour ceux qui n'ont pas vu le film...), Woody Allen multiplie les allusions osées sur un thème qui n'est... plus grave du tout. Il réussit également à éviter toute forme d'images violentes alors qu'il traite d'un tueur en série...
Enfin, il nous donne à voir les choses les plus incroyables et invraisemblables avec le plus grand naturel... comme une évidence.

7.11.06

L'année des millions, un roman de Chine Lanzmann

J'ai mis plus de temps à trouver ce roman en librairie qu'à le lire. Il n'est plus commercialisé à la Fnac mais il est tout à fait possible de le commander sur Internet. J'étais chargée de le lire et d'en faire une présentation orale, sur la thématique "Les récits des entreprenautes", ceci dans le cadre d'un cours sur l'organisation du travail dans les nouvelles entreprises (celles dédiées aux nouveaux médias comme Internet).
C'est sûr que ça change de la littérature que j'ai lu dernièrement. D'un style humoristique et direct, souvent oral, Chine Lanzmann nous raconte comment, en 1999 avant l'explosion d'Internet en France, elle a créé sa start-up, un site féminin, avec une amie aussi passionnée d'Internet qu'elle, et comment elles ont vécu cette année d'euphorie mais aussi de folie spéculative avant la chute de la bourse et la désillusion qui l'accompagne...
Un livre qui permet de se faire une petite idée de cette période pleine de promesses et d'espoir, sans rentrer dans des détails d'experts : il s'agit bien d'une oeuvre de fiction, comprenant toute une partie de romance amoureuse, même s'il s'appuie sur l'expérience réelle de Chine Lanzmann. On suit donc pas à pas l'aventure de la création d'entreprise et du lancement du site, jusqu'aux premières difficultés, liées au management et à des visions opposées des deux associées, puis à des problèmes de financement, dûs à la frilosité des investisseurs à partir du moment où le Nasdaq a amorcé sa chute en mars/avril 2000...
On trouve aussi des thèmes qui caractérisent la nouvelle économie : le floutage des barrières entre vie professionnelle et vie privée (l'associée de la narratrice entretient une relation amoureuse avec l'investisseur...) ; la volonté de devenir riche, et vite, le plus vite possible, dans une sorte de mouvement mégalomane qui se détache finalement de la réalité ; l'influence de certaines personnalités qui incarnent la réussite, comme Steve Jobs ou une autre entrepreneuse américaine qui a aussi lancé un site féminin juste avant elles ; la (sur)médiatisation du phénomène des start-up, qui a rendu les premiers entreprenautes célèbres.
Et pour en savoir plus, un article donne la version vraie et non romancée de la fin de l'histoire... ici.
Chine Lanzmann a su rebondir vers d'autres projets, notamment un livre dans lequel sont compilées 200 "Nouvelles Idées de Business pour devenir entrepreneur de sa vie", trouvées à l'étranger et à lancer en France... Un livre auquel, cette fois, je pourrai me référer tranquilement pour élargir ma réflexion et éventuellement mes ambitions...
Chine Lanzmann tient également un blog ici.

5.11.06

Le cinéma expressionniste allemand

Tout comme l'exposition sur Almodóvar reflétait l'univers cinématographique du cinéaste, l'exposition de la Cinémathèque française sur le cinéma expressionniste allemand a été conçue pour suggérer les grandes lignes caractéristiques du courant qui s'est développé dans certains films du cinéma allemand dans les années 1920. Des couleurs sobres, une lumière tamisée projetant des formes géométriques sur les tableaux, des films muets ou parlants projetés sur des écrans en verre suspendus...
Les différents espaces qui structurent l'exposition correspondent à cinq thèmes du cinéma expressionniste allemand : la nature, intérieurs, la rue, escaliers, le corps expressionniste.
Comme l'indique la fiche de présentation de l'exposition, "On voit ainsi ce qui constitue les caractéristiques du cinéma muet allemand : la veine expressionniste avec ses différentes directions, notamment vers l'abstraction ; son style décoratif proche du cauchemar ; sa passion pour les jeux d'ombres et de lumière et la maîtrise technique, stylistique, philosophique, dont il fait montre.(...) Le résultat de la symbiose entre art, architecture, lumière et film est unique et constitue l'un des moments les plus forts de l'histoire et de l'esthétique du cinéma."
L'exposition comprend des pièces de la collection rassemblée pour la Cinémathèque, depuis le début des années 1950, par Lotte H. Eisner, Allemande exilée en France au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Elle a retrouvé les principaux Filmarchitekte et a obtenu qu'ils confient leurs oeuvres à la Cinémathèque française : c'est ainsi qu'elle est parvenu à rassembler la plus belle collection au monde qui existe actuellement sur les décorateurs du cinéma allemand. Lotte H. Eisner est aussi l'auteur de l'ouvrage de référence L'Ecran démoniaque, dont de nombreux extraits accompagnent les légendes des oeuvres présentées. Parmi les plus de 150 dessins originaux, on citera ceux réalisés par les plus grands décorateurs pour le Cabinet du Docteur Caligari (Robert Wiene), Faust (F.W. Murnau), M le Maudit, Metropolis, Mabuse le joueur (Fritz Lang), L'Ange bleu (Joseph Von Sternberg), Le Cabinet des figures de cire (Paul Leni), La Rue sans joie (G.W. Pabst)...
Dans le dossier de la Cinémathèque consacré à l'exposition (ici), on peut découvrir les biographies et certaines des oeuvres de ces Filmarchitekte (décorateurs) :

Andrej Andrejew, Raskolnikov de Robert Wiene (1923)
Otto Erdmann, La Rue sans joie de Georg Wilhelm Pabst (1923)
Otto Hunte, Metropolis de Fritz Lang (1927)
Paul Leni, Le Cabinet des figures de cire de Paul Leni (1924)
Walter Schulze-Mittendorff, Le Testament du Dr Mabuse de Fritz Lang (1932)

Et pour ceux d'entre vous qui n'habitent pas à Paris pour visiter l'exposition (jusqu'au 22 janvier 2007), la Bibliothèque du film a créé un beau site web dynamique, entièrement consacré à l'Expressionnisme allemand :
http://cinema.expressionnisme.bifi.fr/.
De quoi faire une belle visite virtuelle !

4.11.06

Plongée au coeur de l'expressionnisme allemand : la peinture

Hier, je me suis fait une journée intensive sur l'expressionnisme allemand. D'abord, nous avons visité avec Nath l'exposition présentée à la Cinémathèque française, axée sur les films expressionnistes. Ensuite, il y avait une soirée thématique sur Arte, avec un documentaire sur l'expressionnisme allemand, dans l'art plus généralement avec une plus importante partie laissée à l'art pictural. Et enfin, pour clôturer la soirée en beauté, j'ai pu voir ce chef d'oeuvre qu'est Le testament du docteur Mabuse de Fritz Lang, un cinéaste majeur dont je connais davantage la période américaine.
Mais pour que ce soit plus cohérent, je ne vais pas respecter la chronologie de ma journée et plutôt m'intéresser à la logique historique : 1) le mouvement pictural de l'expressionnisme et le contexte de son développement ; 2) le cinéma expressionniste ; 3) les influences de l'expressionnisme avec un illustre exemple de film.

Le documentaire de Stan Neumann sur Arte, retraçait donc l'histoire du mouvement artistique, de ses origines avant la Première Guerre mondiale, jusqu'à l'exposition "Art dégénéré" organisée par le parti nazi en 1936.
Sous Guillaume II, l'art officiel doit obéir aux "lois de la beauté" et concourrir au "sentiment de l'harmonie". Les artistes qui peignent la laideur sont des dégénérés supérieurs, des "criminels du pinceau". A l'avant-garde du mouvement expressionniste se trouvent le fameux Cri d'Edvard Munch (1893) ou encore Autoportrait la bouche ouverte de Max Beckman (1901).
Quelques années plus tard se développe l'expressionnisme pictural. La première vague comprend deux groupes :
- Die Brücke (le pont) est formé par des étudiants à Dresde, en 1905. Ils font preuve d'un anarchisme bohème et d'une volonté de se libérer des conventions sociales. Les jeunes expressionnistes, Kirchner, Heckel, Schmidt-Rottluff, Nolde et Mueller, renoncent à la ressemblance et à la perspective et préfèrent transcrire l'expression de la vision intérieur de l'artiste. Ils s'inspirent des Fauves et de Matisse, ainsi que des arts d'Afrique et d'Océanie.
Voici une oeuvre de Heckel (1913):
Et deux oeuvres de Kirchner :
- Der Blaue Reiter (le cavalier bleu) est un deuxième groupe fondé à Münich en 1910, par Franz Marc et Wassily Kandinsky, rejoints par Paul Klee. Les peintures animalières de Franz Marc, et notamment ses Grands chevaux bleus (1911) lui ont vallu d'être considéré comme un "artiste dégénéré" par les autorités. Mais la revue Der Sturm fait la promotion de ces artistes et fait entrer le terme "expressionnisme" dans le langage courant. Le groupe découvre l'abstraction : exemple avec Les tâches noires (1923) de Kandinsky. Le style de ce groupe est moins brutal, plus harmonieux, mais il a une existence éphémère.

Une deuxième vague d'expressionnisme, plus torturé, plus macabre, naît à Berlin. Les oeuvres des artistes Ludwig Meidner, Georg Grosz et Otto Dix expriment la force chaotique et l'énergie d'une grande métropole. Des oeuvres comme La ville en feu de Meidner (1913) et Explosion de Georg Grosz adoptent un nouveau traitement de la perspective, avec des angles aigüs. Elles ont directement influencé les films expressionnistes.
La première guerre mondiale influence les expressionnistes, qui voient en elle la poursuite de leur mouvement par d'autres moyens. Ils l'accueillent avec un certain soulagement... Des oeuvres la transcrivent : Hommage à Oscar Panizza de Grosz (1917) et La nuit de Max Beckman (1919).

Avec la fin de la guerre en 1918, Guillaume II est renversé. Ludwig Meidner lance un appel contre le Bourgeois : cette révolte anti-bourgeoise deviendra une thématique récurrente dans l'expressionnisme. L'expressionnisme suscite une vague d’enthousiasme dans la République de Weimar. Mais, les affiches expressionnistes sont incomprises par les masses populaires, les travailleurs.
Alors l'expressionnisme conquiert de nouveaux terrains, du côté des architectes. Ils deviennent des architectes imaginaires, sur papier. Ils créent des projets irréalisables mais réjouissants par leur imagination. Certains d'entre eux vont donc se rapprocher du milieu du cinéma, en proposant de créer les décors de films. Le cinéma prend le relai de la peinture et du dessin...

A partir de 1921, Otto Dix établit la connection entre réalité et abstraction avec ses tableaux sur les invalides de guerre, et lance « la nouvelle objectivité », un courant post-expressionniste. Exemples :

Pour conclure sur cette partie picturale sur l'expressionnisme allemand, il faudrait enfin commenter le rapport entre les artistes expressionnistes et le parti nazi, créé en 1920. Des peintres sympathisent avec ce mouvement et vont jusqu'à y adhérer, comme Emil Nolde. Mais les nazis n’aiment pas leur peinture et cette « liberté de représenter autrement ce que tout le monde est censé voir pareil ». Pour Hitler, « la mission de l’art n’est pas de montrer l’homme sous l’image de la dégénérescence mais de combattre la degénérescence ». Adolf Ziegler a été chargé par le parti nazi de saisir ces œuvres interdites depuis 1933. La première exposition fondée sur la haine a été mise en place en 1937 : ce fut la plus grande exposition expressionniste de tous les temps. Elle fut montée à Munich puis fit le tour des villes allemandes... Une manière de dénoncer et de pointer du doigt cet "art dégénéré", mais qui en même temps lui offrait une chance inouie d'être vu par tous !

Et pour en savoir plus, Arte a concocté un dossier complet sur cette soirée "Théma" : http://www.arte.tv/expressionnisme

28.10.06

Sites web d'artistes

En cours de graphisme, on ne fait pas que l'apprentissage des logiciels, on évoque également certains artistes et pour nous faire une petite idée on cherche toujours ce qu'ils font sur la toile.
C'est ainsi que j'ai découvert l'oeuvre de Robert Combas et son site, www.combas.com.

I am greedy man
On peut y voir ses oeuvres (peintures, sculptures, oeuvres sur papier et habits peints), les acheter (pour les porte-feuilles très bien garnis) ou les envoyer en cartes postales, par mail ; ou passer en revue ses oeuvres réalisées sur commande. Le beau livre qui lui est consacré est également présenté ; à commander sur le site de la Fnac...
Une petite visite donne un bon aperçu de la promotion que peut faire Internet à un artiste : c'est un lieu d'exposition permanent, même si, je le concède, voir les oeuvres en vrai est quand-même important pour les apprécier et éventuellement avoir envie de les acquérir.

Un deuxième site qui n'a rien à voir avec le premier, si ce n'est qu'il a été créé par un groupe d'artistes, est le site du Supermarché Ferraille : il propose des produits de consommation courante détournés, afin de dénoncer la consommation à outrance. Tout est dans la dérision et l'ironie. Que ce soit pour les produits - avec un coup de coeur pour les sex spaghetti, aphrodisiaques, et pour les champignons mexicains, hallucinogènes - ou la carte Advantage qui permet de "régler vos achats, payables en 4 fois, en une seule fois seulement, mais également d'ouvrir les portes comme dans les séries télévisées américaines". Ou encore, la bannière publicitaire animée qui fait du détournement de publicité et la présentation générale du site fréquenté par quelques insectes qui se baladent tranquilement entre les rayons !... Allez y faire un tour... vous allez vous amuser...

22.10.06

L'Immeuble Yacoubian

L'Immeuble Yacoubian est à l'origine un livre de l'Egyptien Alaa El Aswany qui a connu un grand succès dans le monde arabe (édité en 2002 par l'Université américaine du Caire), et qui ensuite a été adapté au cinéma par Marwan Hamed en 2005, mobilisant de nombreux moyens et des acteurs célèbres. Le livre n'a été traduit en français que cette année, sa publication coïncidant avec la sortie du film dans les salles françaises en août dernier.
J'ai connu l'un et l'autre par un simple concours de circonstances, mais la coïncidence la plus amusante, c'est que j'ai commencé à lire le livre le jour même où on décidait de le voir ensemble en salle avec Nath. Je dois dire que, a priori, l'histoire avait tout pour attiser notre curiosité :
Construit en 1930 en plein coeur du Caire, l’immeuble Yacoubian est le vestige d’une splendeur révolue.
Aujourd'hui, à travers les chemins des habitants qui s'y croisent, se dessine un portrait sans fard de l'Egypte moderne, où se mêlent corruption politique, montée de l’islamisme, fracture sociale, absence de liberté sexuelle et nostalgie du passé. Le portrait d’une société complexe et colorée, surprenante et attachante.
Effectivement, le film (site officiel français) est une fresque de presque trois heures qui passent à une allure folle tant on s'attache aux différents personnages qui nous sont décrits. On suit leurs tracas quotidiens et leur lente évolution au fil du temps ; les causes et les conséquences de leur personnalité et de leurs actes - nostalgie, pudeur, séduction, foi, ouverture d'esprit, affairisme, (mal)honnêteté... - sont finement analysés. A des moments de légèreté et d'humour répondent des moments plus dramatiques ; comme dans la vraie vie. La qualité de l'interprétation et des dialogues donne une épaisseur psychologique à chacun des personnages, qui, aussi curieux que cela puisse paraître, m'ont fortement rappelé les Grecs et renvoyé à mes origines.
En effet, je ne me rendais pas compte à quel point les personnes, que ce soit par leur faciès ou par leur mentalité, pouvaient se rapprocher : les cultures grecque et égyptienne sont toutes les deux au croisement entre l'Occident et l'Orient, puisant leur richesse dans cette rencontre de civilisations (la seule différence de taille étant la religion). Par exemple, on retrouve une chanson d'Edith Piaf à côté de mélodies orientales... Je me suis donc paradoxalement sentie très proche de l'univers de l'Immeuble Yacoubian et de ses habitants (enfin, peut-être pas tous !), sans avoir connu l'Egypte auparavant, de quelque façon que ce soit.
Si j'avais pourtant une critique à formuler sur ce film, ce serait au niveau de la mise en scène, qui n'est pas toujours très cohérente. Souvent très classique, presque dans la tradition hollywoodienne - avec une belle lumière dans les séquences d'intérieur - elle s'égare parfois dans des expérimentations plus modernes pas vraiment réussies, comme pour une scène de manifestation d'islamistes filmée en caméra-épaule très (trop) mobile ou pour une scène de tuerie qui fait un peu mauvaise série américaine... les scènes d'action sont bien moins réussies que les scènes de dialogue ! On dirait que le metteur en scène, Marwan Hamed, est encore à la recherche d'un style cinématographique personnel. Heureusement que de formidables acteurs étaient là pour servir le film.
Quant au livre, je dois dire dès à présent que j'apprécie son style fluide, agréable ; la narration est menée de manière à passer d'un personnage à l'autre dans une certaine continuité sans s'attarder trop longtemps mais avec des détails précis. Les personnages nous sont présentés avec beaucoup de finesse, avec des notes d'humour ou de tendresse, et sans tabou ; on entre dans les détails les plus intimes comme la sexualité et la foi religieuse.
Je voudrais juste citer un passage que je trouve très beau : "Au moment où les enfants dorment, qu'ils ont dîné et remercié leur Seigneur, qu'il reste à la maison assez de nourriture pour une semaine ou peut-être plus, un peu d'argent épargné en cas de nécessité, que la pièce où ils habitent tous est propre et bien rangée, que l'homme rentre, le jeudi soir, mis de bonne humeur par le haschich et qu'il réclame sa femme, n'est-il pas alors de son devoir de répondre à son appel, après s'être lavée, maquillée, parfumée, ne vont-elles pas, ces brèves heures de bonheur, lui donner la preuve que son existence misérable est d'une certaine façon réussie, malgré tout. Il faudrait un artiste de grand talent pour peindre l'expression du visage d'une femme de la terrasse, le vendredi matin, quand son mari descend prier et qu'elle se lave des traces de l'amour puis sort sur la terrasse pour étendre les draps qu'elle vient de nettoyer. A ce moment-là, avec ses cheveux humides, sa peau éclatante, son regard serein, elle apparaît comme une rose mouillée par la rosée du matin qui vient de s'ouvrir et de s'épanouir." (p.24-25)

Lire aussi l'avis de Nath sur le film.

19.10.06

Mala Noche, le premier film de Gus Van Sant

Mala Noche, le premier film de Gus Van Sant tourné en 1985 et repris au festival de Cannes cette année, nous a curieusement beaucoup fait penser à Permanent Vacation, réalisé par Jim Jarmush un an auparavant.
Il est vrai qu'il est caractéristique d'un cinéma américain indépendant, dont la narration est à l'opposé du cinéma hollywoodien : la transcription visuelle du "moment présent" semble plus importante que la structure de l'histoire, construite comme une série d'expériences racontée par le narrateur à la première personne.
C'est cette forme narrative qui était la plus propice à l'histoire de Mala Noche, adaptation du journal intime de Walt Curtis, poète et figure mythique de Portland (Oregon). Dans le film, on suit l'errance (psychologique) d'un jeune homosexuel, amoureux de Johnny, un jeune immigré mexicain clandestin qui ne parle pas un mot d'anglais. Le thème principal du film sera donc le désir et la quête de l'autre dans toute sa différence... avec évidemment une différence de sensibilité et de gros problèmes de communication ! En arrière-plan, sont dessinées les conditions de vie des immigrés clandestins, la peur face aux autorités policières et les problèmes d'argent... une thématique qui demeure très actuelle.
Mais c'est surtout l'esthétique du film, avec les contrastes du noir et blanc et la capacité de la caméra à dresser de beaux portraits réalistes et touchants, qui m'a le plus marquée. Le générique de fin, sorte de making of en couleurs, montre bien qu'il s'agit d'un film à tout petit budget ; il a été réalisé en 16mm dans des décors réels : une épicerie où passent toutes sortes de personnages paumés, les immeubles et appartements des protagonistes, les rues et la route...

14.10.06

Découverte Taratata : Paolo Nutini

J'aime beaucoup l'émission musicale Taratata, présentée par Nagui et diffusée tous les vendredis soirs sur France 4 (TNT). On y découvre ou redécouvre des artistes, en mini-concert live, avec une très bonne qualité de son et d'image. Et puis il y a aussi le Bonus, avec les coulisses de l'émission, et parfois des versions accoustiques uniques de chansons jouées par les artistes dans leur loge.
Hier, j'ai donc découvert sur Taratata un jeune artiste écossais, Paolo Nutini. Comme disait Nagui, il a le physique d'un top-model et la voix rocailleuse d'un chanteur de blues noir-américain... le décalage produit est assez surprenant ! Je me suis rendue aujourd'hui sur le site officiel du chanteur, où l'on découvre sa biographie (rubrique"about"), et où l'on peut voir ou écouter certains de ses morceaux (rubrique "medias"). Ses prochains concerts sont également annoncés, et malheureusement il ne fait qu'une seule date en France, le 6 novembre à la Maroquinerie, et c'est un lundi - le seul jour de la semaine où mes cours se terminent à 21 heures...- pas de chance !
On peut aussi écouter quelques extraits de son premier album, These Streets, sur le site de la radio Ado (ici).
Je me laisserais bien tenter... En tout cas, c'est un artiste à surveiller...

9.10.06

Nuit blanche : le stade Carpentier et la BNF

Pour cette 5e Nuit blanche artistique à Paris, j'ai décidé de découvrir un coin que je ne connaissais pas du tout : au Stade Carpentier, près de la Porte d'Ivry, était proposée toute une série d'installations, ambiances, espaces sportifs réappropriés par des artistes. J'ai remarqué que la plupart d'entre eux ont voulu jouer avec le vide et laisser libre cours à l'imagination du visiteur.

Notamment, Death of Glory, de Philippe Perrin, se situe dans la salle de boxe du stade, déserte : le ring de boxe est illuminé, tandis que la bande-son diffuse dans cet espace le combat mythique qui opposa Mohamed Ali et George Foreman en 1974 à Kinshasa. On déambule dans cet espace vide et on se projette imaginairement dans une autre temporalité.

Dans le gymnase, le court-métrage Navins of Bollywood, de Navin Rawanchaikul, était projeté en vidéo, accompagné de cette peinture monumentale, réalisée par l'un des derniers peintres d'affiches de cinéma indien. Le film, réalisé dans le style "bollywoodien", avec des parties musicales drôles, relate les aventures du personnage Navin, parti à la recherche de ses homonymes à travers les rues de Bombay.

Ensuite, petite halte dans un lieu de convivialité aux couleurs de l'Afrique : AFROdiziak... aphrOzidiaque... Pik niK AfrOdisiaque, proposé par Pascal-Marthine Tayou. Les drapeaux des divers états de l'Union Africaine forment avec le ciel nocturne un décor très particulier, complété par les tabourets, petites tables, chaises et fauteuils, tous en bois.

Le terrain de rugby offrait pour l'occasion une immense projection de L'Eclipse, de Laurent Grasso, "une vidéo qui joue avec des phénomènes solaires rares que l'on prend parfois pour surnaturels". L'artiste "interroge le pouvoir des images et invite à se projeter dans des zones mentales où le rêve remplace la réalité". Pour le coup, j'ai trouvé dommage qu'on ne puisse accéder à la pelouse pour mieux s'immerger dans ces images surprenantes.

Enfin, on a fait un grand détour jusqu'à la BNF, où une échelle était suspendue dans le vide, entre les quatre tours, offrant une image poétique très encline à la rêverie. Des faisceaux lumineux se posaient sur elle et la partie "jardin" de la bibliothèque, en son centre, était complètement transformée en paysage onirique grâce à de la fumée blanche et des spots bleus. Pour cette oeuvre nommée MR8 Co-Naissance, Thierry Dreyfus s'inspire de symbolique de la bibliothèque (la connaissance) et de son architecture verticale, et conçoit une installation qui investit le rapport entre ciel et terre. J'y suis repassée aujourd'hui et... quel désenchantement ! l'échelle n'y était plus.

5.10.06

Quelques sites web découverts en cours

Ca y est, c'est la rentrée, et je suis en train de passer une semaine intensive à parler d'Internet en anglais. Le premier exercice oral a été de présenter nos sites web "préférés", j'ai donc pu découvrir ou redécouvrir certains sites intéressants. Je continuerais au fil de l'année à vous proposer des liens qui valent le détour, et de partager avec vous mes découvertes multimédia.

www.canailleblog.com : un éditeur de blog destiné aux enfants ;
www.peuplade.fr : un nouveau concept pour rencontrer les habitants de son quartier, à Paris ;
www.paris.fr : le site officiel d'un certain maire, destiné à le promouvoir, mais qui contient aussi toutes sortes informations utiles sur la capitale ;
www.wikipedia.org : tout le monde connaît cette encyclopédie dont le contenu est généré par les utilisateurs, mais saviez-vous qu'elle fonctionne grâce aux donations ?!
www.classiquenews.com : l'e-quotidien 100% musique classique, dont le design rafraîchissant et jeune va à l'encontre des préjugés sur ce genre musical ;
www.ticketac.com : où l'on peut acheter ses billets pour les pièces de théâtre ;
www.01net.com : où l'on trouve de l'information encyclopédique sur l'informatique et les NTIC.
Aussi, un meta-moteur qui permet une recherche simultanée sur plusieurs moteurs de recherche : dogpile.com, au design très sympathique.

Mais il y a aussi les découvertes choquantes, effrayantes, comme ce site du National Socialist Party, le parti nazi américain, basé à Minneapolis. C'est tout à la fois de la propagande, du commercial (une boutique où l'on peut acheter en ligne des t-shirts, affiches, livres, musique auto-produite...) et du communautaire (avec un forum, une radio, des vidéos etc). Et pour les moins de dix-huit ans, il y a le Viking Youth Movement, pour endoctriner les enfants dès le plus jeune âge, comme au temps d'Hitler ! La liberté sur Internet est essentielle, sauf quand le réseau devient l'outil de travail et de propagande des organisations extremistes... Autre fait signifiant : le FN a été le premier parti français à créer son site web. Tout cela donne à réfléchir. Et me fait curiosement revenir à l'esprit une chanson du groupe de rap breton Manau : "L'avenir est-il un long passé ?".